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Protection de l’enfant: une nouvelle unité pour mieux agir face à la maltraitance

Depuis le 1er septembre 2025, l’Hôpital du Valais dispose d’une Unité de protection de l’enfant pour coordonner les efforts de détection et de prise en charge des cas de maltraitance.

«On sait que la maltraitance existe, mais estimer son importance réelle est difficile», souligne le Dr Marc-Alain Panchard, médecin adjoint du Service de pédiatrie du Centre hospitalier du Valais romand et responsable de l’Unité de protection de l’enfant (UPE) de l’Hôpital du Valais, à Sion. Créée sur décision du Conseil d’État et financée conjointement par le Service de la santé publique et celui de l’éducation, cette unité vient officialiser et renforcer une mission jusqu’alors assurée de manière informelle. À sa tête, le Dr Panchard a pour mandat de coordonner l’ensemble des acteurs intervenant dans les situations de maltraitance, qu’ils soient intra ou extra-hospitaliers.

Coordonner pour mieux protéger

«La mission principale de l’UPE est de faire le lien entre les différents professionnels concernés», explique le Dr Panchard. «À l’intérieur de l’hôpital, cela implique une collaboration étroite avec la pédiatrie, mais aussi avec la chirurgie, la gynécologie-obstétrique, la périnatalité, la pédopsychiatrie et les urgences. L’objectif est de coordonner les actions lorsque des signes de maltraitance physique, psychologique ou sexuelle sont détectés.»

À l’extérieur, l’UPE sert de point de contact et de conseil pour les écoles, les infirmières scolaires, les pédiatres de cabinet, les autorités de protection de l’enfant et de l’adulte (APEA), l’Office de protection de l’enfant (OPE) et le ministère public. «Le but est de donner des conseils à tous les intervenants et de coordonner les actions». Une mission de formation est également au cœur du dispositif, destinée à tous les professionnels en contact avec des enfants, y compris dans le milieu sportif.

Dr Marc-Alain Panchard, responsable de l’Unité de protection de l’enfant.

L’augmentation du nombre de signalements ces dernières années révèle-t-elle une hausse des violences ou une meilleure détection ? La réalité se situe probablement entre les deux.

Si les pédiatres valaisans sont déjà bien informés de son existence, l’UPE doit encore étendre sa notoriété auprès des directions d’école, des clubs sportifs et de certains services hospitaliers. «Plus les gens savent que ça existe, plus ils pourront faire appel à nous», souligne le responsable. L’objectif est que chaque professionnel confronté à un doute sache qu’il peut solliciter un conseil ou une coordination, évitant ainsi l’isolement face à des situations complexes.

Documenter pour comprendre l’ampleur du phénomène

Au-delà de la gestion des cas individuels, l’UPE a pour charge de documenter les activités de protection de l’enfant au sein de l’hôpital. Cela inclut le suivi des adolescents de 16 à 18 ans. Bien que l’Organisation mondiale de la Santé les considère encore comme des enfants, ils sont en Suisse pris en charge dans les services de médecine pour adultes.

Cette collecte de données est cruciale pour alimenter les statistiques nationales, telles que les études Optimus ou celles de Pédiatrie Suisse. Le nombre de signalements a augmenté ces dernières années. «Est-ce que cela révèle une hausse des violences ou une meilleure détection ? La réalité se situe probablement entre les deux», note le Dr Panchard. «Seule une documentation rigoureuse permet d’objectiver ces tendances.»

Signaler : une obligation légale nuancée

La modification récente de la loi sur la protection de la jeunesse a clarifié les obligations des professionnels : tout individu en contact avec des enfants (santé, éducation) doit signaler les situations où le développement de l’enfant est menacé. Cependant, une nuance importante subsiste : le signalement n’est pas requis si le professionnel peut remédier lui-même à la situation.

«C’est ce qui complique la tâche des pédiatres de cabinet», précise le Dr Panchard. «À l’hôpital, nous ne suivons pas les patients sur la durée, nous signalons donc systématiquement. En cabinet, le pédiatre doit évaluer s’il peut gérer la situation seul.» L’unité de protection de l’enfant sert alors de ressource pour aider à cette décision délicate.

Médecine des violences : protéger mère et enfant

Une synergie majeure réside dans la collaboration avec l’Unité de médecine des violences (UMV), qui prend en charge les victimes de violences conjugales et les adolescent·e·s de plus de 16 ans. Lorsque les médecins de l’UMV identifient la présence d’enfants dans le cadre familial d’une victime de violences, la loi sur la violence domestique impose de considérer l’enfant comme une victime et la loi sur la jeunesse un signalement à l’APEA.

Toutefois, cette obligation peut effrayer les mères, qui craignent le retrait de leurs enfants, et les pousser à quitter l’hôpital sans aide. «Heureusement, le retrait d’enfant reste la mesure ultime et minoritaire», rassure le Dr Panchard. «L’APEA est avant tout là pour aider, proposer des mesures éducatives ou un soutien financier.» L’enjeu actuel est de trouver un équilibre pour protéger à la fois la mère et l’enfant sans briser le lien de confiance nécessaire à la prise en charge.

Joakim Faiss

Journaliste - Collaborateur spécialisé en communication

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