Prévention & Conseils

Benzodiazépines : une arme à double tranchant

Plus connus sous le nom de Valium, Xanax ou encore Lexotanil, les benzodiazépines sont des médicaments qui sont vendus au rythme effréné de quatre boîtes chaque seconde en France ! Pourtant, dans la revue ’’The British Medical Journal’’, il a été établi que la prise régulière de benzodiazépines augmenterait le risque de démence.
Ce type de médicament pourrait donc s’avérer néfaste lors d’une consommation sur le long terme.
Éclairage de Nicolas Donzé, toxicologue à l’Hôpital du Valais, Institut Central des Hôpitaux (ICH) et Mélinée Chapoutot, psychologue au Centre Hospitalier du Valais Romand (CHVR)

Les effets secondaires sont nombreux

En Suisse, environ 350’000 personnes consomment des BZD et 1 consommateur sur 10 en prend depuis plus de 12 mois.  Les effets secondaires de la prise de ces calmants sont nombreux: somnolence, risque accru d’accident de la route, faiblesse musculaire, pertes de coordination et d’équilibre, vertiges, hallucinations, confusion, modification de la physiologie du sommeil… Une consommation au long cours peut impacter les fonctions cognitives (mémoire, attention, concentration) et chez les personnes âgées, la prise de BZD est associée à une augmentation du risque de chutes et de fractures de la hanche. 

Mélinée Chapoutot

La prescription de benzodiazépines 

« Ces traitements pharmacologiques régulent les symptômes sans soigner leurs causes. Ils ne sont pas indiqués pour le traitement chronique de l’anxiété ou de l’insomnie. »

Mélinée Chapoutot, psychologue coordinatrice de l’étude BenzoStop en Suisse

Prescrites comme des somnifères ou des tranquillisants, les benzodiazépines sont efficaces pour un usage ponctuel, mais deviennent problématiques lors d’une consommation chronique.

Les benzodiazépines ont cinq vertus principales :

  1. Anxiolytique : soulagement de l’anxiété
  2. Tranquillisant et hypnotique : amélioration du sommeil
  3. Anticonvulsif : prévention des convulsions
  4. Myorelaxant : décontractant musculaire
  5. Amnésiant : aide à la perte de mémoire

Bien qu’efficaces pour traiter les symptômes, ils ne peuvent malheureusement pas résoudre la cause du problème.

Les benzodiazépines, un sujet de controverse

Depuis leur introduction, les benzodiazépines ont assez rapidement été sujet de controverses, avec des opinions très polarisées. Pour certains, ils sont efficaces et sûrs lorsque le patient suit correctement la prescription médicale. Pour d’autres, au contraire, ils sont à grand risque de dépendance et de consommation abusive. Et récemment, de nombreuses études commencent à mettre en évidence des conséquences inattendues de leur utilisation, telles que des problèmes cognitifs et psychomoteurs.

Malgré les consignes pour favoriser une consommation raisonnable, il apparaît que l’usage des benzodiazépines demande plus de prudence que prévu, surtout quant à la durée de la prescription. Ces médicaments restent bien évidemment très intéressants au niveau thérapeutique. Mais comme toujours, en toxicologie, le principe de la dose reste fondamental. Le ratio risque/bénéfice des benzodiazépines reste positif chez la plupart des patients lors d’une consommation de courte durée (2 à 4 semaines). Un usage au-delà de quatre semaines semble associé à de nombreux risques de dépendance physique et d’addiction.

Une population à protéger

Les personnes âgées sont une population particulièrement sensible à qui il est courant de prescrire des benzodiazépines. Les conséquences fréquemment observées de leur consommation dans cette tranche d’âge sont :

  • Somnolence
  • Instabilité
  • Ataxie (troubles de la coordination des mouvements)
  • Troubles de la mémoire

Ces effets néfastes sont particulièrement présents en cas de consommation importante et lors d’une prise simultanée d’autres médicaments psychotropes (neuroleptiques, antidépresseurs, analgésiques, anesthésiques, drogues illicites sédatives, etc.) et/ou d’alcool.

De plus, la personne âgée est plus susceptible de chuter. Ce risque est augmenté avec la prise de benzodiazépines, car ces derniers peuvent perturber le sens de l’équilibre. Un autre problème de cette population est leur métabolisme. En effet, l’élimination des médicaments est plus longue avec l’âge que chez les plus jeunes. On estime donc qu’il pourrait être prudent de leur prescrire la moitié de la dose thérapeutique normalement recommandée.

Conduire sous l’influence des benzodiazépines

Comme de nombreux psychotropes, les benzodiazépines perturbent la capacité à conduire. Plus fréquente chez les personnes âgées, elle peut éteindre l’action du cerveau frontal. Cette partie du cerveau nous aide à mesurer si nos actions sont ou ne sont pas sensées. On observe parfois également des réactions paradoxales extrêmement dangereuses, comme une ivresse, accompagnée par une désinhibition avec des comportements très agressifs, et des amnésies antérogrades. Ainsi déconnecté de son cerveau frontal (la raison), et sans mémoire, le conducteur roule comme un zombie. Il est facile d’imaginer que ce genre de chauffeur soit dangereux sur les routes !

Les benzodiazépines : un chemin vers l’addiction ?

De plus en plus d’études suggèrent que la prise prolongée de benzodiazépines favorise le développement d’addictions. On observe différents symptômes de sevrage lors d’un arrêt brusque ou d’une diminution du dosage des ces médicaments, même après une courte période de consommation (3 à 4 semaines). Les signes les plus souvent observés sont :

  • Insomnies
  • Problèmes gastriques
  • Tremblements
  • Agitation
  • Peur
  • Spasmes musculaires
  • Moins fréquemment : plus grande irritabilité, transpiration plus importante, hypersensibilité aux stimuli, dépression, comportement suicidaire, idées suicidaires, psychose, etc.
Nicolas Donzé, toxicologue

Afin d’éviter l’apparition de ces symptômes, il est nécessaire d’arrêter la prise de benzodiazépines progressivement. Cela peut prendre quelques semaines, voire même quelques années.

Une réflexion s’impose

Dans le monde de la médecine, l’utilisation de la famille des benzodiazépines est repensée. Bien qu’il ne faille pas jeter le bébé avec l’eau du bain, il faut savoir que la consommation d’un médicament n’est jamais anodine.

Les benzodiazépines peuvent aider à retirer l’épingle qui nous retient au sol. Mais l’envie de reprendre son envol, de recommencer à voyager, d’avancer dans nos vies, peut-elle être rallumée grâce aux benzodiazépines ? Une réflexion s’impose.

Participer à l’étude BenzoStop
Vous souffrez d’insomnie depuis plus de 6 mois et, pour la traiter, vous consommez régulièrement des benzodiazépines (Valium, Tranxilium, Seresta, Xanax, Temesta, Stilnox, Imovane, …)? En participant à l’étude Benzostop, vous pourrez bénéficier d’un accompagnement psychologique de 2.5 ans afin de vous aider à réduire ou stopper votre consommation. Le suivi est gratuit et réalisé à distance par visioconsultation. Le saviez-vous ? Seulement 1 personne sur 10 parvient à arrêter seule, mais 8 personnes sur 10 y arrivent avec l’aide d’une thérapie cognitive et comportementale (TCC). Il est d’ailleurs fortement déconseillé d’arrêter sans accompagnement ou brutalement).

Inscrivez-vous en ligne jusqu’en avril directement sur le site Benzostop.org.

Retrouvez l’article de Nicolas Donzé « BENZODIAZEPINES : Médicaments…et…ou drogues ? » ici.

Cet article vous intéresse ? Lisez également Paracétamol, la dose fait-elle le venin ?

2 Comments

  • bonjour,
    Je prend du xanax 5 mg depuis plus de 25 ans avec du zolof 100mg et je dois avouer que j’ai quelques effets secondaires .bouche sèche ,tremblement quand j’en manque . Cependant , j’ai une bonne qualité de vie et je suis très fonctionnel , je nage 3 fois semaine 40 minutes ( non stop ) Je prend actuellement a 73 ans , 2 Zolof ,soit une matin et soir ainsi 4 xanax deux le matin et deux au souper.J’ai déjà été a 6 xanax par jour il y a plus de vingt ans .
    A deux reprises j’ai sérieusement pris les moyens pour réduire ma consommation sous surveillance médicale les deux fois dont une il y a 8 ans qui a durée ,6 mois j’était rendus a 2 Xanax et un Zolof et j’ai flanché , l’angoisse était devenue insupportable et c’est mon pharmacien et mon médecin qui m’ont remis a la dose que j’avais et que j’ai toujours.
    Mon attitude est la suivante , je prend mes médicament et je laisse faire , ma médication est fixe depuis environs 15 ans , j’ai choisis de bien vivre , seulement penser aux tourments que j’ai enduré

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